J’ai beaucoup de chance de faire ce que j’aime. De le faire avec envie, passion, en évoluant auprès de personnes à qui j’accorde du crédit et bien souvent, pour des projets très jolis. Et puis, mes nombreuses vies s’agencent plutôt bien les unes par rapport aux autres. Tout se met en place au fil des années. Alors c’est vrai, j’ai réellement beaucoup de chance. Mais parfois, je me dis aussi que je cumule toutes les casquettes qui peuvent mener au burn-out… (et je suis loin d’être la seule !)

Maman, hypersensible, entrepreneure, community manager, présidente d’association : comment gérer ? 

Comme la plupart d’entre-vous, j’imagine.

Je jongle chaque jour, avec les défis qui se présentent à moi, à nous. 

Depuis cette crise, il devient difficile de faire des projections, alors j’aurais tendance à dire que si cette période étrange nous apporte quelque chose à nous les entrepreneurs, c’est bien l’apprentissage du lâcher-prise. 

(Remarquez, les enfants aussi, ça aide à prendre du recul !) 

Et puis il n’y a pas que cela. Je ne sais pas choisir. 

J’ai toujours ouvert de nombreux onglets, projets, rêves, livres… Sans jamais vraiment les achever, les parfaire. J’ai besoin de renouveau permanent et ma personnalité me fait défaut dans un monde qui demande de la linéarité, de partir d’un point A pour arriver à un point B sans trop de détours. 

Mais j’essaie. 

J’essaie de prioriser au plus juste, de faire des to-do lists cohérentes. Pour cela, je sur-organise pour agenda – qui est souvent déjà bouclé 2 semaines minimum à l’avance, avec assez peu d’ajustement possible. 

C’est ça, la liberté que nous venons chercher lorsqu’on se lance en tant qu’entrepreneure ? Non, bien sûr. 

Prendre soin de soi et de son temps : un apprentissage nécessaire 

Je ne me suis jamais trop appréciée (classique, me direz-vous). 

Mais en fait, je me rends compte que je ne me suis surtout jamais vraiment respectée. 

On n’imagine jamais à quel point notre temps est notre bien le plus précieux ! Ce temps, il ne se rattrape jamais. Ce n’est pas de l’argent qu’on échange, de l’énergie qui se recharge, du bonheur qu’on retrouve. Ce temps, il faut le vivre pleinement, car il file. 

Cela peut paraître idiot à écrire, mais peu d’entre-nous, pris dans le quotidien, dans les urgences des autres, se rappellent à quel point ils perdent du temps à vivre des moments qui ne sont pas les leurs. 

J’ignorais également à quel point cette ignorance de la préciosité du temps conditionnait chez moi un comportement non adapté. 

On peut taire ses besoins.
On peut les ignorer, ne pas s’écouter.
C’est très facile, sur une petite distance.
Mais cela ne dure qu’un temps avant que tout vacille. 

Il m’a fallu des années pour arrêter de me maltraiter (psychologiquement, mais aussi physiquement – je le réalise aujourd’hui). Arrêter de vouloir tendre vers ce qu’on croit que les autres attendent de nous. Ce qui induirait, nous l’espérons inconsciemment, qu’ils nous aiment un peu plus – et alors nous aurions mérité cette sympathique petite place dans ce monde un peu fou. 

Comme beaucoup, j’ai toujours essayé de faire les choses bien pour mon petit monde. Autour de moi, je remarque que très souvent, les femmes font cela. Elles font passer leur entourage personnel, professionnel, avant elles. Avant de craquer. 

Tout naturellement.

Et personne (ou presque) n’y trouve à redire. 

Mais quand nos batteries sont au plus faible, que se passe-t-il ? 

Qui sera là pour alléger le fracas du burn-out lorsque celui-ci se présentera ? 

Récemment, j’ai eu une prise de conscience grâce à une inconnue. 

Une personne qui prend le temps, pour elle. 

Qui prend le temps, de bien faire. 

Qui prend le temps, d’aimer faire. 

Qui prend le temps, de retrouver son temps à elle. 

Pas le temps que la société lui dicte comme “valable”. 

Pas le temps “productif” au sens où nous l’entendons.

Le temps qu’elle a choisi. 

Du temps qui parfois, peut sembler inutile.

Du temps perdu à contempler, à cuisiner, à créer, à sourire, à penser, à faire de l’espace pour tout simplement ne rien faire et laisser germer ce qui doit germer. 

Cette jeune femme n’a absolument aucune idée de combien elle a transformé, en quelques partages, ma propre vision de la vie. Tout a changé. 

Je ne veux plus me presser jusqu’à en avoir mal au ventre, pour ce qui n’a pas de sens. 

Je ne veux plus expédier une tâche de manière trop productive, sans en tirer finalement aucune satisfaction.

Peu importe ce à quoi vous vous attelez, ce n’est pas la nature de la tâche qui compte. Mais la manière dont vous allez l’accomplir.

Vous ne devez plus vous faire passer en dernier. Vous devez prendre soin de vous. Je crois que le monde en a besoin, de ces personnes qui s’autorisent à prendre leur temps, et qui encouragent les autres à en faire tout autant. C’est ici que se passe la vraie vie. Ce sont pour ces moments que nous pouvons nous lever avec bonheur. 

Comment cela se traduit dans le monde réel ? 

Dire non, se déconnecter, et ralentir (ne serait-ce que pour montrer l’exemple) 

Sans doute qu’avec l’apprentissage du self-care vient celui de savoir dire “non”. 

Un mot bien difficile à écrire ou à prononcer dans bien des situations quand vous êtes à votre compte, que vous avez une première salariée (même si elle est en alternance, c’est bien une charge fixe qu’il faut prendre en compte), des frais de freelances à assurer (parce que ce sont des personnes envers lesquelles vous êtes engagé, et que vous voulez aussi embarquer avec vous dans l’aventure entrepreneuriale), 

J’écris ces lignes tandis qu’une fois de plus, je me sens frôler la limite. 

Cela ne doit plus être un tabou : ça n’a rien d’une faiblesse, ça n’a rien d’une force non plus. Et nous sommes tous concernés. Nous valsons tous autour de cette frontière entre l’activité soutenue et le “trop”, juste “trop”. 

Mon mental peut aller très loin, mais pas mon corps… Et alors que j’accuse encore le coup de la troisième dose et de ses effets (que je ne soupçonnais pas aussi assommants), je sais qu’il va me falloir changer mon rapport à mon activité. 

Seulement, j’aimerais ne pas y aller seule.

J’aimerais m’entourer de personnes qui vont avoir le courage ces prochains mois d’ouvrir la voie vers quelque chose de plus lent, de plus doux, où l’humain prime et où les notifications hurlantes, les rendez-vous à honorer, les fausses urgences et les deadlines idiotes ne prendront jamais le pas sur votre bien-être et votre temps si précieux. 

Travailler sur le digital et sur les réseaux sociaux qui plus est, n’est pas chose aisée. 

C’est un métier fantastique, parce qu’ils s’adressent bien souvent à des personnes passionnées par ce milieu, ces plateformes, la créativité, les gens ! Mais c’est aussi un gouffre d’énergie terrible et il faut constamment reposer les limites. 

Je ne pourrais pas m’attarder sur tous les autres conseils pour préserver votre santé mentale au sujet des autres casquettes (hypersensible, maman, etc.) mais pour la partie community manager… J’ai quelques petits tips bien choisis à vous confier : 

  • Éduquez vos clients au fait que non, vous n’avez pas à être 100% connecté et que si tel est leur besoin, cela se quantifie dans un contrat (qui nécessitera peut-être l’intervention de plusieurs personnes car il n’existe pas encore d’humain qui n’ait pas besoin de pauses hebdomadaires et nocturnes). 
  • Refuser les missions, même si vous avez peur de manquer, même si vous avez envie de voir grand, de grandir, de grossir, d’être fier. Personne n’a besoin d’une success story entrepreneuriale supplémentaire, mais il y a sans doute des proches qui ont besoin que vous passiez du temps auprès d’eux. De quoi vous rappelerez-vous quand vous serez plus âgé, que vous manquera-t-il vraiment, hein ? 
  • Concentrez-vous sur le bien faire. Nous avons cruellement besoin de retour à la qualité, au “prendre le temps de”, plutôt que du vite-fait-bien-fait qui pullule partout et n’apporte rien. Cultivons l’art de vouloir faire bien, faire beau, faire sens, faire correctement et sans sauter d’étapes importantes, qui nous pousse collectivement à progresser.
  • S’entourer et/ou déléguer. La programmation, la modération, la veille, sont des tâches de mon métier extrêmement chronophages mais surtout, très déstabilisantes au quotidien si je veux faire correctement mon travail (notamment pour la partie créativité, gestion de projet et stratégie). C’est tout bonnement impossible de tout cumuler, alors très rapidement, j’ai pris l’initiative de passer en société pour pouvoir sous-traiter et coordonner cette partie avec d’autres freelances de confiance sur les projets de mes clients. Bosser en mode collectif est très bon, à condition une fois encore que cela ne génère pas trop d’échanges, sinon votre temps et votre énergie se retrouveront totalement absorbés. 
  • Ne pas se faire passer en dernier. Apprendre à couper. Et si nécessaire, réapprendre à couper, encore et encore. Imposez-vous des week-ends, des retraites, des soirées, du temps avec les personnes qui comptent, pour vous rappeler l’essentiel. Mettez-vous des gardes-fous, pour ne pas vous retrouver systématiquement aspirés par cette to-do list qui n’en finira jamais de se remplir. Calez-vous des créneaux de “rien”, où vous avez simplement rendez-vous avec vous-même et faites comme s’il s’agissait du rendez-vous le plus important de votre semaine : pour rien au monde, vous ne le feriez sauter.
  • Désactivez les notifications, vous n’êtes pas (encore) un humain-machine et ces perturbations incessantes risquent de tuer votre santé mentale. Protégez-vous, et protégez les autres en leur montrant qu’on peut bien travailler sans checker constamment ses messages privés sur Slack, ou autres.
  • Ne vous loupez pas dans votre tarification : attention à bien prévoir le temps de création, de rédaction, de gestion de projet éventuel, tous les éléments en sus que votre clients pourraient attendre de vous et si besoin, réajustez la prestation et le tarif convenu ensemble. Si vous travaillez bien, si vous vous autorisez cela, alors il n’y a aucune raison que votre client aille voir ailleurs croyez-moi.
  • Intéressez-vous au concept de slow-entrepreneuriat. Je le découvre et je dois dire que c’est ce qui me parle le plus aujourd’hui. La course à la croissance, à la performance, ne m’intéresse pas. Je veux consolider les acquis, préserver les relations, progresser comme je l’entends, aller vers ce qui m’attire, de la manière la plus belle et la plus naturelle possible.
  • Faire attendre. Si comme moi vous recevez un nombre élevé de messages, emails, appels, au quotidien : arrêtez de courir, de vouloir répondre du tac-o-tac à tout le monde. Vous allez vous épuiser et surtout, vous ne pouvez décemment pas passer votre vie à cela (à moins qu’il ne s’agisse du cadre de votre métier et que vous soyez évidemment payé pour le faire). Les emails peuvent attendre, vraiment. La vraie vie, non.
  • Vous poser la question, constamment, régulièrement : est-ce que je fais ce que j’aime ? Est-ce que je travaille de la manière que j’aime ? Est-ce que je travaille avec des personnes que j’apprécie ? En lesquelles je crois ? Des projets qui résonnent en moi ? Ou pas (…) ?
  • Enfin, sélectionnez les bons outils. Point trop n’en faut, et pour ma part j’utilise pour m’organiser, mon équipe, mon activité, mes clients et nos processus : Gmail, Trello, Google Drive, Google Agenda, Slack (mais sincèrement, trop de Slack clients) Notion et Canva. Le reste est du plus, pas du nécessaire vital. 

Chers communtiy managers, je vous souhaite de vous épanouir pleinement et de vous trouver au quotidien aussi épanoui et heureux au travail qu’en vacances. Ce métier est tout simplement le seul qui combine tout ce qui me plaît et peut-être qu’il en est de même pour vous… Alors je vous souhaite de trouver cet équilibre, de trouver le sel de la vie dans des moments professionnels, des moments personnels, de ne jamais jamais vous faire passer en dernier et surtout : de vous respecter

Votre temps est votre bien le plus précieux.

Veillez à l’offrir à ce qui compte et à ce qui a du sens. 

De mon côté, je vais d’autant plus chouchouter mes clients actuels, ceux avec qui j’aime avancer au quotidien, et me montrer d’autant plus sélective sur les nouveaux projets qui se présentent régulièrement. Je vais donc réapprendre à dire non, ou à proposer de décaler dans le temps certaines collaborations afin de travailler comme j’aime. Pas dans l’urgence, pas dans la souffrance (je pense que le mot n’est pas trop fort), mais dans le plaisir, la conscience et la qualité.

Savoir ce qu’on aime, c’est essentiel.

J’aime écrire, j’aime créer, partager, pouvoir être libre aussi.

Tout ce qui m’empêchera de cocher ces cases, devra sortir de ma vie professionnelle 🙂

Faire le tri, j’espère que vous pourrez vous l’autoriser vous aussi.

Des mots lâchés ici un dimanche matin.
Et si j’ai ouvert le clavier, c’était pour vous, pour moi.
Ceci n’est pas du travail, c’est sans doute du self-care collectif <3 

Si cela peut aider une personne aujourd’hui, comme cette inconnue m’a aidé à changer de regard sur ma vie à un moment où j’en avais besoin, alors cela valait la peine de poser ces phrases ici. Et si cela vous donne des billes en tant que community manager pour faire passer des messages, c’est bon aussi 🙂 

Prenez soin de vous.